Les tapis de prière dans le christianisme
Dans la pratique chrétienne
Depuis l’Orient chrétien, cette tradition s’est ensuite diffusée plus largement en Europe. En Russie, elle a donné naissance au podruchnik, un petit linge de prière utilisé lors des prosternations pour garder les mains et le visage propres. Il était autrefois utilisé traditionnellement par tous les chrétiens orthodoxes russes, avant qu’un schisme ne survienne à la suite d’un désaccord sur la manière de faire le signe de croix.

Les tapis de prière sont également entrés en Europe par la Grèce, et font depuis longtemps partie de la tradition chrétienne grecque, utilisés au fil de l’histoire comme aide pratique à la prière.
Un exemple conservé provient de la communauté grecque orthodoxe de Cappadoce, dans l’Asie Mineure ottomane, et est daté de 1910. Tissé à la main par des chrétiens orthodoxes établis dans la région depuis des siècles, il porte des inscriptions grecques chrétiennes et l’aigle byzantin bicéphale.
Créé juste avant l’échange de populations de 1923, ce tapis de prière subsiste comme un rare textile dévotionnel issu d’un monde chrétien déplacé.

Partout en Grèce, des moines et des saints orthodoxes ont mené des vies façonnées par la prière, le jeûne et la prosternation. Dans les monastères, les grottes et les lieux de recueillement, beaucoup utilisaient de simples tapis, tissus ou coussins de prière comme espace propre pour se prosterner devant Dieu, tandis que d’autres choisissaient le sol nu comme acte de discipline et d’humilité.
Icônes officielles de saint Silouane


Saint Silouane l’Athonite était un moine chrétien qui vécut au Mont Athos, en Grèce, un lieu connu pour sa profonde vie de prière, de silence et d’ascèse spirituelle. Sur plusieurs icônes, il est représenté à côté d’un tapis de prière et d’un coussin, les plaçant naturellement dans le cadre de la prière monastique chrétienne.
Saint Païssios l’Athonite

Saint Païssios l’Athonite (1924–1994) se souvenait s’être agenouillé sur un petit tapis pour prier devant une icône, lorsque celui-ci fut rempli d’un parfum miraculeux. Il resta à genoux et embrassa le tapis. — Hiéromoine Isaac, Vie de l’ancien Païssios l’Athonite, 6e éd., Mont Athos, 2008, p. 302.
Remarque : cette image représente saint Païssios ; nous n’avons pas pu en identifier la source ou l’artiste d’origine.
Icône de saint Arsène de Cappadoce
Saint Arsène le Cappadocien (v. 1840–1924) était un prêtre et moine grec orthodoxe qui passait des heures à prier à genoux. Il disait : « Les miracles que vous voyez sont accomplis par le Christ. Moi, je ne fais rien de plus que lever les mains et Le prier. » Cette icône le représente en prière sur un petit tapis à franges.

Outre les saints et les moines, de nombreux chrétiens possèdent également ce que l’on appelle un coin de prière : un petit espace dans la maison réservé à la prière quotidienne. Icônes, bougies, chapelets, livres et tapis de prière ont tous une fonction. Ils ne sont pas de simples décorations, mais des outils qui aident à créer un lieu de prière concentré et respectueux. Le tapis de prière devient l’espace propre et dédié où un chrétien peut s’agenouiller, s’incliner et prier devant Dieu.


Voici un exemple moderne de cette pratique : le père Séraphim Holland, prêtre orthodoxe très connu et aumônier de prison au Texas, montre comment faire de grandes métanies en utilisant un petit tapis de prière, avec un linge supplémentaire sous les genoux. (La photographie est tirée d’une vidéo dans laquelle il enseigne aux chrétiens comment accomplir une grande métanie).
Tapis de prière de l’impératrice Élisabeth Alexeïevna (1826)
L’impératrice Élisabeth Alexeïevna était une chrétienne orthodoxe et l’épouse de l’empereur Alexandre Ier de Russie.
Après la mort de son mari à Taganrog en 1825, elle utilisait ce tapis de prière fait main pendant ses prières privées. Il porte l’inscription « Béni soit le lieu où tu as prié. 1826 » et est conservé dans une collection muséale de Taganrog.


Pourquoi n’en ai‑je jamais vu ?
Les tapis de prière ne sont pas également répandus partout. Comme beaucoup de traditions chrétiennes, leur visibilité dépend fortement de la région, de l’histoire et des pratiques locales.
Dans l’Occident moderne, la plupart des gens associent les tapis de prière à l’islam, car c’est là qu’on les voit le plus souvent aujourd’hui. Mais comme le montre le contexte historique ci‑dessus, la tradition a été le plus fortement préservée dans l’Orient chrétien. Plus on se rapproche du Moyen‑Orient, plus cette tradition devient visible à travers le pays.
En Europe occidentale et dans le monde anglophone, cette pratique est devenue beaucoup moins familière. C’est pourquoi de nombreux chrétiens aujourd’hui ne l’ont tout simplement jamais rencontrée. Mais ce qui est méconnu n’est pas pour autant non chrétien. Les tapis de prière demeurent partie intégrante d’un plus vaste héritage chrétien de prosternation, de révérence et de soin à garder un lieu de prière propre.

